Film en cours, Vidéo HD,Son, Couleur, projection, 25mn

Chi ha lingua va in Sardegna est un proverbe napolitain que m’a transmis ma grand-mère et qui signifit: si tu as une langue, tu peux aller en Sardaigne. Comprenez: si tu sais parler, tu peux aller n’importe où.

Errance

été 2016
Je viens de terminer les beaux arts. Je me sens sur le seuil.
Dans ma vie personnelle aussi. Sans attache. En quête d'une liberté difficile à conquérir. Je ne suis pas sûre d'avoir des ailes mais je voudrais. Et puis en tant que femme, en tant qu'artiste, ce sentiment d'être toujours au dehors. En dehors des cadres. En dehors de la communauté à laquelle pourtant je voudrais tout donner. Où amarrer?
A la recherche de moi-même, je vagabonde dans ma ville, puis dans ma vie. Je pars en Italie pour retrouver la maison de ma grand-mère. Retourner au fondement de mon identité de femme, celle qu'on m'a léguée pour trouver peut-être celle qui doit advenir. Mon sentiment d'appartenance malmené serait-il dû à ce départ originel, familial, mystifié?

Sur ma route, je croise d'autres errances. Nos solitudes se rencontrent. Au parc, dans la rue , sur un place touristique, mon palier.Je suis attirée par des figures errantes, esseulées, vagabonde, souvent en exil. Migrants, demandeurs d'asile, ... Des rencontres pudiques où chacun reste au seuil de la vie de l’autre, au seuil du drame. Nous ne sommes pas des héros. Juste des hommes et des femmes qui se croisent.

Anonyme. L’anonymat est un autre drame. Je passe dans leurs vies comme ils passent dans la mienne et pourtant ils m’habitent, je garde une trace.Ici alors, il y a urgence à créer et sortir de l'errance qui peut-être ne serait autre que mon désir artistique.

"Je t'écris de cette maison en Italie dont je t'ai parlé. Je n'y suis pas retournée depuis longtemps et j'avais presque oublié le sentiment de tendre la main à son enfance. J'aime sentir ma figure cramer au soleil. J'ai goût pour cette densité. Je voudrais partager avec toi le sourire édenté de ma grand-mère cette première nuit où je suis arrivée. Il a été convenu que je partagerai mon lit avec elle, en me couchant j'ai vu qu'il lui manquait une dent. Et alors que moqueuse étonnée de découvrir ma grand-mère abîmée, je lui faisais remarquée, elle gigotait sous les draps et les tirait à elle pour cacher son visage comme une enfant qui a fait une bêtise. "